Bateaux hauturiers : le catamaran gagne du terrain face au monocoque. Espace, stabilité, budgets et constructeurs clés expliqués en détail.
Depuis une quinzaine d’années, la plaisance hauturière connaît une évolution structurelle : le monocoque demeure la référence historique, mais dès que le budget le permet, les projets de grande croisière basculent massivement vers le catamaran. Les raisons sont concrètes et mesurables : espace de vie supérieur, stabilité accrue, confort en navigation, et autonomie énergétique plus simple à mettre en œuvre. Les chiffres de vente et de recherche confirment ce mouvement : les multicoques de croisière représentent aujourd’hui plus de 60 % des unités neuves vendues au-delà de 12 m sur certains marchés. Le catamaran n’a pas remplacé le monocoque, mais il s’est imposé comme l’outil privilégié pour le long cours moderne, notamment chez les navigateurs en couple ou en famille. Cette migration n’est ni idéologique ni marketing : elle repose sur des contraintes physiques, économiques et humaines très concrètes.
Le basculement progressif vers le multicoque hauturier
Le bateau hauturier a longtemps été indissociable du monocoque. Quillard profond, forte inertie, comportement marin reconnu : pendant des décennies, la grande croisière s’est pensée autour de cette architecture. Cette domination reste réelle en volume global, mais elle s’érode dès que l’on observe les intentions d’achat et les projets de navigation longue durée.
Sur les plateformes de courtage et chez les constructeurs, une tendance est claire : lorsque le budget dépasse un certain seuil, la recherche se déplace vers le catamaran. Ce n’est pas un effet de mode. C’est un arbitrage rationnel entre sécurité perçue, confort quotidien et facilité de vie à bord sur plusieurs années.
Le monocoque reste la colonne vertébrale du marché, notamment en dessous de 12 m et pour les navigateurs solitaires ou sportifs. Mais pour les familles, les équipages réduits et les programmes transocéaniques, le multicoque s’impose progressivement comme la solution la plus cohérente.
La question centrale de l’espace de vie à bord
L’argument le plus visible, mais aussi le plus décisif, reste l’espace habitable. À longueur égale, un catamaran offre 30 à 50 % de surface de vie supplémentaire par rapport à un monocoque. Cette différence transforme radicalement l’expérience à bord.
Un catamaran de 13 m propose en moyenne :
- un carré de plain-pied,
- une cuisine à hauteur,
- trois à quatre cabines doubles,
- des zones extérieures vastes et exploitables à l’arrêt.
Sur un monocoque équivalent, l’espace est plus compartimenté, plus bas sous barrots, et demande davantage de compromis. En navigation de plusieurs mois, ces détails deviennent structurants. Vivre, travailler, dormir et naviguer dans de bonnes conditions n’est pas un luxe : c’est un facteur de durabilité du projet.
Les retours d’expérience montrent que beaucoup d’équipages abandonnent la grande croisière non par manque de compétence, mais par usure du quotidien. Sur ce point, le catamaran apporte une réponse directe.
La stabilité comme facteur de sécurité et de fatigue
Le second levier, souvent sous-estimé, est la stabilité transversale. Un catamaran ne gîte quasiment pas. Cette caractéristique modifie profondément la perception de la mer, surtout pour les équipages non professionnels.
Moins de roulis signifie :
- moins de fatigue,
- moins de mal de mer,
- une meilleure tenue des objets et équipements,
- une vie à bord plus fluide.
Sur le long cours, cette stabilité permet aussi une meilleure gestion des quarts, un sommeil plus réparateur et une navigation plus sereine dans la durée. Contrairement aux idées reçues, les catamarans modernes bien conçus affichent des comportements sûrs en mer formée, à condition d’être correctement chargés et menés.
La stabilité n’est pas qu’un confort. C’est un paramètre de sécurité humaine, notamment lorsque l’équipage vieillit ou navigue avec des enfants.
Autonomie énergétique et gestion du long cours
Le catamaran est devenu le support privilégié de l’autonomie énergétique. Sa largeur et ses surfaces disponibles facilitent l’installation de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries de grande capacité.
Un catamaran de croisière moderne peut embarquer :
- 1 500 à 3 000 W de panneaux solaires,
- des batteries lithium dépassant 20 kWh,
- des systèmes de dessalement haute capacité.
Cette autonomie réduit la dépendance aux ports, diminue la consommation de carburant et simplifie la vie dans les zones isolées. Sur un monocoque, ces installations sont possibles mais plus contraintes par l’espace et les charges.
Sur plusieurs années de navigation, la différence de coût d’exploitation devient tangible. Moins de moteur, moins de maintenance lourde, plus de liberté de mouillage.
Le budget réel d’un bateau hauturier
La migration vers le catamaran commence à un seuil budgétaire précis. En dessous de 150 000 €, le marché reste dominé par le monocoque d’occasion. Au-delà, les options s’élargissent.
Repères réalistes pour un projet hauturier :
- Monocoque prêt au large : 120 000 à 250 000 €
- Catamaran de croisière d’occasion fiable : 250 000 à 450 000 €
- Catamaran neuf de grande série : 450 000 à 900 000 €
- Multicoque haut de gamme long cours : au-delà de 1 million d’euros
Ce différentiel explique pourquoi le monocoque reste majoritaire en volume. Mais dès que le financement est possible, le catamaran devient l’option privilégiée, notamment pour les projets de plusieurs années.
Les grands constructeurs de catamarans hauturiers
Le marché est aujourd’hui structuré autour de quelques acteurs majeurs, reconnus pour leur fiabilité et leur diffusion mondiale.
Parmi les références incontournables figurent Lagoon, Fountaine Pajot, Nautitech, Outremer, Catana, Privilege Marine, Leopard Catamarans, HH Catamarans, Seawind Catamarans et Balance Catamarans.
Ces constructeurs couvrent un spectre large, du catamaran de location robuste au multicoque de performance océanique. Leur succès reflète la diversité des profils de navigateurs et la maturité technologique du segment.
Pourquoi le monocoque reste indispensable
Malgré cette migration, le monocoque n’est ni obsolète ni dépassé. Il reste incontournable pour certains usages :
- navigation solitaire,
- budgets contraints,
- ports étroits,
- comportements marins dans le très mauvais temps.
Un monocoque bien mené conserve des qualités dynamiques uniques. Il pardonne certaines erreurs et conserve une inertie rassurante. C’est pour cette raison qu’il demeure la base d’apprentissage et la référence culturelle de la plaisance hauturière.
Le marché ne bascule pas de manière brutale. Il se segmente intelligemment.
Une transformation durable de la plaisance hauturière
La montée en puissance du catamaran n’est pas un renversement idéologique. C’est une réponse directe aux attentes contemporaines : confort, sécurité humaine, autonomie et vie à bord sur la durée. Les chiffres de vente, les projets de navigation et les choix des nouveaux navigateurs convergent.
Le monocoque reste central. Le catamaran devient dominant dès que le projet dépasse le simple voyage. Cette coexistence n’est pas un conflit, mais le signe d’un marché arrivé à maturité, capable de proposer des outils adaptés à chaque ambition.
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