Outremer vs Lagoon : deux visions du catamaran pour le long cours

Comparatif technique Outremer vs Lagoon : performance, volume, usages, budgets et chiffres clés, pour choisir le catamaran adapté à votre projet de navigation.

Le match Outremer vs Lagoon oppose deux logiques cohérentes, mais très différentes. Lagoon vise d’abord l’espace à bord, la simplicité, la polyvalence et une revente facile grâce à un marché vaste, porté par la croisière familiale et le charter. Outremer cible la navigation hauturière rapide, le plaisir sous voile et la maîtrise du poids, avec des choix techniques plus exigeants. Les chiffres parlent : à taille proche, un Lagoon est souvent nettement plus lourd et motorisé, tandis qu’un Outremer affiche un meilleur rapport voile/poids et une carène plus fine. Cela ne veut pas dire qu’un choix “vaut mieux” que l’autre. Cela signifie que le bon catamaran dépend du programme : mouillages et vie à bord, ou traversées et longues journées de mer. Cet article pose une grille de lecture franche et chiffrée, puis situe les marques équivalentes selon les mêmes critères.

Les philosophies de conception qui expliquent tout

La logique Lagoon, d’abord l’habitabilité et le confort statique

Un Lagoon est pensé comme une plateforme de vie. Le chantier assume des volumes importants, une circulation simple, un cockpit convivial, et des aménagements proches d’un appartement flottant. C’est une philosophie cohérente quand l’usage réel, celui de beaucoup de propriétaires, ressemble à ceci : navigation courte, mouillage long, invités à bord, et un besoin de confort immédiat.

Ce choix implique un bateau plus lourd. Ce n’est pas un défaut en soi. C’est un compromis. Un catamaran lourd bouge souvent moins au mouillage, isole mieux, et accepte plus de mobilier, d’options et de rangements. Mais en mer, ce poids a un prix : accélérations plus lentes, vitesses moyennes plus modestes au près, et dépendance plus forte au moteur.

Lagoon revendique un leadership industriel : plus de 7 000 catamarans construits depuis 1984, avec une gamme large et un réseau mondial très structuré.

La logique Outremer, d’abord le comportement sous voile et le voyage

Outremer vient d’une autre culture. On retrouve la recherche de légèreté, de carènes fines, et un bateau qui “vit” sous voile. Les choix privilégient la performance utile : celle qui fait gagner des heures, évite de taper dans la mer, et permet de choisir sa météo.

Outremer met aussi l’accent sur la navigation en équipage réduit, avec une ergonomie centrée sur la barre et les manœuvres. Le chantier communique sur une flotte proche de 450 unités et sur une communauté de propriétaires très orientée grand voyage.

Ce positionnement impose des exigences au propriétaire. Un Outremer pardonne moins les surcharges. Si vous empilez climatisation, dessalinisateur surdimensionné, annexe lourde, batteries massives et vaisselle comme à la maison, vous finissez par dégrader ce que vous avez payé : la vitesse et la capacité à remonter au vent.

Les chiffres qui permettent de comparer sans discours marketing

Le duel de référence autour de 14 mètres

Comparer des bateaux proches en longueur aide à comprendre les compromis.

Côté Lagoon, le Lagoon 46 annonce une longueur hors tout de 14,5 m (47’7’’), une largeur de 7,96 m (26’10’’), un tirant d’eau de 1,37 m (4’6’’), un déplacement lège de 16,3 t et une surface de voile au près de 127 m². La motorisation standard est de 2 x 57 hp.

Côté Outremer, l’Outremer 45 est donné pour 14,6 m, 7,1 m de largeur, un tirant d’eau variable de 1,25 à 2,01 m (4’1’’ à 6’6’’), et un déplacement annoncé entre 8,7 et 11,1 t selon configuration. La voilure de base affiche 67 m² de grand-voile et 39 m² de solent autovireur, et les moteurs standards sont de 2 x 30 hp.

On voit immédiatement l’écart structurel : à taille comparable, le Lagoon est environ deux fois plus lourd en lège. En pratique, cela influence la vitesse moyenne, l’usage du moteur et la capacité à rester efficace chargé.

Le rapport voile/poids, un indicateur simple mais très parlant

Sans entrer dans des polaires complexes, un ratio surface de voile (GV + voile d’avant) divisé par le déplacement lège donne une tendance.

  • Outremer 45 : 106 m² / 8,7 t ≈ 12,2 m² par tonne
  • Lagoon 46 : 127 m² / 16,3 t ≈ 7,8 m² par tonne

Ce n’est pas un détail. Cela explique pourquoi un Outremer garde de la vitesse dans 10 à 15 nœuds de vent, là où un Lagoon cherchera plus facilement le moteur au près ou dans la mer formée.

Le même phénomène à 55 pieds, et encore plus visible

L’Outremer 55 annonce un déplacement de 13,9 à 18,5 t et 172 m² de voile au près.
Le Lagoon 55 annonce 29,2 t de déplacement lège pour 178 m² de voile au près.

Autrement dit, une surface de voile quasi comparable, mais un poids presque doublé côté Lagoon. C’est un choix assumé : plus de volume, plus d’équipements, plus de charge acceptée sans se poser de questions. Et une inertie très différente en mer.

Les choix techniques qui changent le quotidien en navigation

Les dérives et le tirant d’eau, le vrai sujet du près

Outremer utilise des dérives (ou des solutions de dérive intégrée selon les générations), avec un tirant d’eau variable : c’est excellent pour remonter au vent et limiter la dérive. Mais cela demande d’y penser, de manœuvrer les dérives, et d’accepter parfois un tirant d’eau plus important dérives basses.

Lagoon, de son côté, reste sur des quilles fixes peu profondes. C’est simple, rassurant, pratique pour la croisière côtière et les zones de faible profondeur. Mais au près, l’efficacité hydrodynamique est moins favorable, surtout quand le bateau est lourd et chargé.

Le point franc : si votre projet inclut des remontées au vent longues, avec de la mer, le type d’appendices sous la coque devient déterminant. Ce n’est pas un débat d’ingénieur. C’est du temps de mer, du confort et parfois de la sécurité.

La motorisation, le symptôme d’un programme

Lagoon monte des moteurs plus puissants. Sur le 46, 2 x 57 hp sont standards.
Outremer affiche 2 x 30 hp sur l’Outremer 45.

Ce n’est pas seulement “plus ou moins de chevaux”. C’est une manière de naviguer. Lagoon considère qu’un propriétaire apprécie de se sortir d’un grain, d’un chenal ou d’une mer désordonnée en gardant du contrôle au moteur. Outremer considère qu’un propriétaire cherchera d’abord à naviguer à la voile et à optimiser ses manœuvres.

Le poids embarqué, la frontière entre “bateau agréable” et “bateau dégradé”

Un Lagoon accepte plus facilement la surcharge. La documentation du Lagoon 46 évoque un déplacement maximal chargé de 23,2 t selon les versions et normes.
C’est énorme. Et cohérent avec un programme “plateforme de vie”.

Un Outremer, lui, demande une discipline de poids. L’Outremer 45 est donné avec une capacité de charge utile d’environ 2,4 t sur certaines fiches de référence.
Cela suffit pour voyager, mais pas pour transformer le bateau en maison fixe. Le choix est clair : la performance vient avec une contrainte.

Les usages réels qui tranchent le choix

Le catamaran de croisière, pour vivre dehors et recevoir

Si votre scénario ressemble à ceci : Antilles en hiver, Méditerranée en été, sorties de 3 à 15 jours, équipage d’amis, enfants à bord, et envie de “poser le bateau” dans des mouillages confortables, Lagoon est très cohérent.

Vous payez pour du volume. Vous gagnez un carré grand, des cabines larges, une sensation d’espace. Vous acceptez des vitesses plus modestes au près, et un bateau qui aime le moteur quand la mer durcit.

Le point lucide : si vous naviguez 15 % du temps et vivez à bord 85 % du temps, le choix du volume n’est pas absurde. Il est logique.

Le catamaran de voyage, pour avaler des milles avec plaisir

Si votre scénario ressemble plutôt à : traversées, longues étapes, météo choisie mais pas parfaite, volonté de garder de la moyenne, et plaisir de barrer, Outremer devient difficile à ignorer.

Le bateau est plus vivant. Il demande plus d’attention. Mais il rend. Il rend en heures gagnées, en fatigues évitées, et en marge de manœuvre quand le vent se lève.

Le point franc : si vous rêvez du grand voyage mais que vous naviguez comme en côtier, vous risquez d’acheter “trop pointu” pour votre réalité. L’inverse est vrai aussi : acheter très volumineux pour traverser finit souvent par une navigation au moteur, lente et frustrante.

Les budgets et les coûts cachés qui comptent sur dix ans

Le prix d’achat, un trompe-l’œil si on oublie les options

À taille comparable, Outremer est souvent plus cher à l’achat à équipement équivalent, car la construction, le poids et la finition orientée grand voyage se paient. Lagoon propose des prix plus accessibles en base, mais le niveau d’options sur une unité familiale peut vite grimper : électronique, énergie, confort, annexe, sécurité, etc.

Le vrai coût se lit sur une facture complète, pas sur un prix catalogue. Et surtout sur 10 ans : voiles, entretien, gréement, moteurs, antifouling, électronique, et remplacement des éléments de confort.

La revente, la réalité de la demande

Lagoon se revend généralement vite, car il y a beaucoup d’acheteurs et une forte demande charter. Outremer se revend à un public plus spécifique, mais souvent mieux informé, avec une attention forte à l’état, au poids et à la cohérence du programme.

Sur le terrain, deux pièges existent :

  • Sur Lagoon, une unité très “charterisée” peut être difficile à revendre cher.
  • Sur Outremer, un bateau surchargé et fatigué perd la promesse de performance, donc perd de la valeur.

Les marques équivalentes à regarder selon la même grille

Les alternatives proches de Lagoon, orientées confort et polyvalence

Dans la même famille d’usage, on trouve Fountaine Pajot, Leopard, Nautitech ou Bali. Elles déclinent une logique proche : beaucoup de volume, une ergonomie simple, et un positionnement compatible croisière/charter. Selon les modèles, on verra des variantes sur la finition, la tenue de mer et la capacité à remonter au vent, mais la philosophie reste voisine.

Les alternatives proches d’Outremer, orientées voyage et performance

Catana se rapproche davantage de l’univers “voyage performant”, avec un ADN plus sportif et des solutions techniques parfois plus radicales. Certaines unités semi-custom et marques haut de gamme poussent encore plus loin le ratio poids/voile, mais avec un budget et une exigence d’exploitation très supérieurs.

La méthode de décision qui évite les erreurs coûteuses

La meilleure question n’est pas “quel est le meilleur catamaran”, mais “quel catamaran correspond à mon projet”. Si vous cherchez le volume habitable, Lagoon coche naturellement beaucoup de cases. Si vous cherchez la performance sous voile, Outremer pose un standard différent. Si votre priorité est la charge utile, vous devez être honnête sur votre manière de vivre à bord. Et si vous pensez à la décote à 10 ans, vous devez intégrer la liquidité du marché, l’historique d’entretien et le niveau de surcharge.

Le choix devient simple quand on accepte une vérité : un catamaran est une addition de compromis. Ce qui vous rend heureux à l’ancre peut vous agacer au près. Et ce qui vous enthousiasme à 10 nœuds de moyenne peut vous frustrer quand vous recevez six invités dans le carré. Décider, c’est trancher. Et trancher, c’est assumer son style de navigation.

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