Analyse technique de Gunboat et Marsaudon : performance, coûts, technicité et profils de navigateurs visés par ces catamarans exigeants.
Les catamarans Gunboat et Marsaudon occupent un segment à part dans le monde du multicoque. Ici, la priorité n’est ni le volume intérieur ni la simplicité d’usage, mais la performance sous voile, la tenue à la mer et la capacité à naviguer vite et longtemps dans des conditions engagées. Ces bateaux sont plus légers, plus toilés et plus techniques que la moyenne. Ils coûtent plus cher à l’achat et à l’exploitation, et exigent un niveau de compétence supérieur de la part de leurs propriétaires. Gunboat pousse la logique très loin avec des unités en carbone, pensées pour le large et les hautes vitesses. Marsaudon adopte une approche plus rationnelle, mêlant performance réelle, simplicité relative et accessibilité progressive à la navigation rapide.
Les fondements communs d’une philosophie orientée performance
La recherche de légèreté comme principe central
Gunboat et Marsaudon partent d’un postulat simple : sur un catamaran, le poids est l’ennemi principal. Il pénalise la vitesse, augmente les efforts structurels et pousse à motoriser plus souvent. Les deux chantiers travaillent donc avec des déplacements nettement inférieurs à ceux des catamarans de croisière classiques, à longueur comparable.
Cette légèreté n’est pas qu’un chiffre de brochure. Elle conditionne tout le reste : surface de voile possible, taille des appendices, charges admissibles et comportement dans la mer formée. Un bateau léger accélère plus vite, tape moins et conserve de la moyenne dans des vents irréguliers.
Le refus du compromis “volume d’abord”
Ces marques acceptent de sacrifier du volume intérieur pour préserver les qualités marines. Les cabines sont fonctionnelles mais moins généreuses. Les hauteurs sous barrots sont suffisantes, sans excès. Le mobilier est allégé. Le message est clair : ce sont des bateaux faits pour naviguer, pas pour servir de résidence flottante.
Ce choix structurel explique pourquoi ces catamarans ne séduisent pas un public large. Ils ciblent une minorité de propriétaires prêts à faire passer la navigation avant le confort statique.
La philosophie Gunboat, la performance sans concession
Un ADN issu de la course et du grand large
La marque Gunboat est née avec l’ambition de transposer les technologies de la course au large vers des catamarans de grande croisière. Construction carbone, optimisation structurelle poussée, et plans de voilure ambitieux définissent son identité.
Un Gunboat n’est pas simplement “rapide pour un catamaran”. Il est conçu pour maintenir des vitesses élevées sur de longues distances. Sur certaines unités, des moyennes supérieures à 12–15 nœuds sur 24 heures sont régulièrement observées dans des conditions favorables. Les pointes dépassent largement les 20 nœuds sous voile, sans chercher l’exploit.
Des choix techniques radicaux
La construction fait largement appel au carbone, à l’infusion maîtrisée et à des structures optimisées par calcul. Cela permet de contenir le déplacement malgré des longueurs importantes, souvent supérieures à 20 m (65 ft). Les appendices sont performants, les safrans profonds, et le plan de voilure généreux.
Le revers est immédiat : la technicité est élevée. Le gréement, l’accastillage et les systèmes demandent un entretien rigoureux. Les coûts de remplacement des voiles, souvent en membranes haut de gamme, sont élevés. Une grand-voile peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Des coûts assumés, mais rarement anticipés par les novices
À l’achat, un Gunboat se positionne clairement au-dessus du marché. Selon la taille et le niveau de personnalisation, les budgets dépassent largement 2 à 4 millions d’euros pour les grandes unités. Mais le vrai sujet se situe dans l’exploitation.
L’entretien annuel peut représenter 5 à 8 % de la valeur du bateau, en incluant voiles, accastillage, électronique et structure. Ce n’est pas un accident. C’est le prix d’un bateau optimisé pour la performance.
La philosophie Marsaudon, la performance maîtrisée et rationnelle
Une approche plus accessible, sans renier la vitesse
La marque Marsaudon, portée par Marsaudon Composites, adopte une logique différente. La performance reste centrale, mais elle est recherchée avec plus de pragmatisme. Les catamarans Marsaudon, comme les TS42 ou TS5, sont conçus pour être rapides, marins et utilisables par des propriétaires non professionnels.
La construction reste légère, mais moins extrême que chez Gunboat. Le poids est contenu, les carènes sont fines, et le plan de voilure efficace sans être surdimensionné. Les vitesses moyennes sont élevées pour des bateaux de croisière, souvent 9 à 12 nœuds dans de bonnes conditions, avec une vraie capacité à remonter au vent.
Un équilibre entre technicité et usage réel
Marsaudon fait des choix qui limitent la complexité inutile. Les systèmes sont performants mais plus standardisés. Le carbone est utilisé de manière ciblée, sans tomber dans le tout-carbone intégral. Cela réduit les coûts d’entretien et facilite la maintenance hors des grands centres spécialisés.
L’intérieur reste fonctionnel et épuré, mais plus accueillant que sur un pur bateau de performance. C’est un compromis assumé : suffisamment de confort pour vivre à bord, sans dénaturer le comportement sous voile.
Des coûts élevés, mais plus prévisibles
Les budgets d’achat se situent généralement entre 800 000 € et 1,5 million d’euros selon le modèle et l’équipement. L’entretien reste supérieur à celui d’un catamaran de grande série, mais plus maîtrisable que sur un Gunboat.
La durée de vie des voiles, la robustesse des systèmes et la tolérance à une charge raisonnable rendent ces bateaux plus accessibles à des navigateurs expérimentés, mais non professionnels.
Les différences clés entre Gunboat et Marsaudon
Le niveau d’exigence technique
Gunboat s’adresse à des propriétaires capables de gérer un bateau complexe, ou disposant d’un équipage compétent. Marsaudon vise des navigateurs autonomes, prêts à apprendre, mais souhaitant rester maîtres de leur bateau sans dépendance permanente à des spécialistes.
Le rapport à la performance
Chez Gunboat, la performance est une fin en soi. Chez Marsaudon, elle est un moyen d’améliorer le voyage. Cette nuance change tout dans l’usage quotidien, la fatigue de l’équipage et le rapport au risque.
Le budget global sur dix ans
Sur une période longue, l’écart se creuse. Un Gunboat coûte plus cher à entretenir, à assurer et à refiter. Marsaudon limite cette dérive tout en conservant une navigation rapide et agréable.
Le profil précis des navigateurs visés
Les propriétaires Gunboat
Un Gunboat s’adresse à des marins très expérimentés. Anciens régatiers, navigateurs au long cours aguerris, ou propriétaires ayant déjà géré des unités complexes. Ces personnes recherchent le plaisir de la vitesse, la capacité à avaler des milles et une sensation de contrôle permanent.
Ils acceptent la contrainte technique, le coût et la discipline de poids. Ils savent que chaque option ajoutée a un impact direct sur la performance. Pour eux, naviguer à 12 nœuds de moyenne n’est pas un luxe, mais un standard attendu.
Les propriétaires Marsaudon
Marsaudon vise des navigateurs passionnés, souvent issus de la monocoque performante ou du multicoque sportif. Ils veulent un bateau rapide, sûr et marin, sans tomber dans l’extrême.
Ce sont des propriétaires impliqués, capables de comprendre leur bateau, d’anticiper la maintenance et de naviguer longtemps. Ils acceptent moins de volume, mais pas une complexité démesurée.
Les erreurs fréquentes à éviter avant de choisir
Confondre rêve de performance et usage réel
Acheter un catamaran très performant sans naviguer régulièrement conduit souvent à une frustration. Ces bateaux demandent de l’engagement. Ils ne se révèlent que lorsqu’on navigue souvent et longtemps.
Sous-estimer le budget d’exploitation
Le coût d’achat est visible. Le coût de possession l’est moins. Voiles, gréement, électronique et structure doivent être anticipés sur plusieurs années, sans optimisme excessif.
Ignorer la discipline de poids
Sur ces unités, le poids n’est pas un détail. Il conditionne la sécurité et le plaisir. Un bateau surchargé devient moins sain, plus brutal et plus fatigant.
Une performance qui engage autant le bateau que son propriétaire
Choisir Gunboat ou Marsaudon revient à accepter une vérité simple : ces catamarans ne font pas le travail à la place du navigateur. Ils amplifient ses compétences, mais aussi ses erreurs. Ils récompensent la rigueur, l’anticipation et la pratique régulière. En échange, ils offrent une expérience rare : celle d’un multicoque qui navigue vraiment, vite et loin, sans se contenter de relier des mouillages. Pour certains, c’est excessif. Pour d’autres, c’est précisément ce qu’ils cherchent.
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