Bateaux de travail à foils : CTV pour l’éolien offshore, coûts réels, fiabilité, risques d’OFNI et motorisations hybrides face aux contraintes terrain.
Les bateaux de travail à foils ne cherchent pas la performance spectaculaire. Leur objectif est opérationnel : travailler plus souvent, plus longtemps et à moindre coût, sans compromettre la sécurité. Le segment le plus avancé est celui des Crew Transfer Vessels pour l’éolien offshore, où les foils permettent d’élargir la fenêtre météo et de sécuriser les transferts de techniciens. Les gains potentiels en carburant et en disponibilité sont réels, mais ils s’accompagnent d’un CAPEX élevé et d’exigences accrues en maintenance. La robustesse face aux chocs, la gestion des débris flottants et la fiabilité des systèmes actifs restent des points de vigilance majeurs. Les solutions hybrides et le foiling partiel apparaissent comme des compromis pragmatiques. Dans ce secteur, le foil n’est jamais un argument marketing. Il doit prouver, jour après jour, qu’il réduit les OPEX sans introduire de risques opérationnels inacceptables.
La logique industrielle du foil appliquée au travail en mer
Dans le monde du travail maritime, la technologie n’est adoptée que si elle répond à trois critères stricts : disponibilité, sécurité et rentabilité. Le foil n’échappe pas à cette règle. Contrairement aux navettes passagers ou aux unités de plaisance, les bateaux de travail opèrent sous contrainte permanente. Ils naviguent chargés. Ils sortent par mer dégradée. Ils doivent rentrer, quelles que soient les conditions.
Le foil n’est donc pas utilisé pour voler au sens strict, mais pour améliorer le comportement dynamique et réduire la traînée dans des plages de vitesse précises. Cette approche explique pourquoi l’adoption reste ciblée et prudente.
Le Crew Transfer Vessel pour l’éolien offshore
Une fenêtre d’opération élargie
Le CTV est aujourd’hui le segment le plus avancé dans l’intégration des foils. Ces navires assurent le transport quotidien de techniciens vers des parcs éoliens situés parfois à plus de 30 milles nautiques (55 km) des côtes. Chaque journée perdue coûte cher.
Les recherches se concentrent sur la capacité des foils à permettre des opérations par vagues de 2 m, voire légèrement au-delà. Là où un CTV classique reste bloqué à quai ou doit réduire drastiquement sa vitesse, un CTV assisté par foils maintient une vitesse plus stable et une assiette contrôlée.
Le gain principal n’est pas la vitesse maximale, mais le nombre de jours opérables par an, un indicateur clé pour les exploitants.
La précision du docking sur les éoliennes
L’accostage sur une éolienne impose une précision extrême. Le bateau doit rester plaqué contre l’échelle d’accès, sans mouvements parasites. Les foils actifs peuvent contribuer à stabiliser l’assiette longitudinale et latérale pendant l’approche.
Toutefois, la phase de docking se fait généralement hors vol, à vitesse réduite. Les systèmes doivent donc être capables de passer instantanément d’un mode porteur à un mode passif, sans à-coups ni latence.
Des projets comme ceux menés par Bar Technologies, ou certaines études associées au projet Barthélémy, explorent précisément ces transitions critiques.
L’équation économique entre OPEX et CAPEX
Le surcoût à l’achat
Un bateau de travail à foils coûte sensiblement plus cher qu’une unité conventionnelle équivalente. Le surcoût peut atteindre 25 à 40 % selon le niveau de sophistication. Structure renforcée, systèmes hydrauliques, capteurs, logiciels de contrôle. Chaque élément ajoute du CAPEX.
Pour un navire opérant 10 heures par jour, la question est simple : ce surcoût est-il amortissable sur la durée de vie du bateau ?
La réduction de la consommation de carburant
Les études de cas évoquent des économies de 30 à 40 % de carburant à vitesse de service, lorsque le foil est pleinement exploité. Sur un CTV consommant plusieurs centaines de litres par jour, l’impact est significatif.
Cependant, ces gains ne sont pas constants. Ils dépendent de la mer, de la charge et du profil de mission. Un bateau qui navigue souvent à basse vitesse ne bénéficiera pas du foil.
L’usure mécanique et la maintenance
Le revers de la médaille réside dans la complexité mécanique. Les foils actifs ajoutent des pièces mobiles, des actionneurs et des circuits hydrauliques. La maintenance préventive devient plus lourde.
Les exploitants s’interrogent légitimement sur le risque de panne loin des côtes. Un système de vol défaillant ne doit jamais immobiliser le navire. La redondance et la capacité à continuer la mission en mode dégradé sont non négociables.
La robustesse face aux débris et le risque OFNI
Une crainte omniprésente
Le risque d’OFNI est l’une des principales inquiétudes. À 30 nœuds (56 km/h), l’impact avec un tronc d’arbre ou un conteneur semi-immergé peut être catastrophique pour un foil non protégé.
Les recherches portent donc sur la résistance aux chocs et sur la manière de protéger la coque.
Les fusibles mécaniques et solutions passives
Plusieurs chantiers explorent des solutions de fusibles mécaniques. Le principe est simple : en cas de choc, le foil cède ou se replie avant de transmettre l’effort à la structure principale.
Cette approche limite les dégâts, mais impose des réparations après incident. Le compromis est assumé : mieux vaut remplacer un foil que réparer une coque structurelle.
La détection active des obstacles
Des systèmes de détection par sonar ou lidar marin sont également à l’étude. Ils permettent d’anticiper certains obstacles flottants. Leur efficacité reste toutefois limitée par la vitesse et la taille des objets détectables.
Aucune solution n’élimine totalement le risque. La gestion des OFNI repose toujours en partie sur la vigilance de l’équipage et la réduction de vitesse dans les zones à risque.

Les motorisations hybrides et les nouveaux équilibres
L’hybride hydrogène-électrique
Les bateaux de travail ont besoin d’autonomie. Le tout électrique reste limité pour des missions longues. Les foils ouvrent cependant la voie à des motorisations hydrogène-électrique, en réduisant la puissance nécessaire à vitesse de service.
En diminuant la traînée, le foil rend la pile à combustible plus réaliste pour des trajets répétitifs à vitesse constante. Les projets restent expérimentaux, mais l’intérêt est réel.
Le foiling assistance comme compromis
Tous les bateaux de travail ne peuvent pas accepter la complexité du vol total. C’est là qu’intervient le foiling assistance. Des foils fixes ou partiellement porteurs, inspirés de solutions de type hysucraft, soulèvent la coque sans la faire voler.
Le gain est moindre, mais la robustesse et la simplicité augmentent. Pour beaucoup d’opérateurs, ce compromis est plus acceptable qu’un système actif complexe.
Une adoption rationnelle, pas idéologique
Les bateaux de travail à foils ne sont ni une révolution universelle ni une impasse technologique. Ils répondent à des besoins précis. Là où chaque jour d’opération compte, le foil peut devenir un avantage concurrentiel décisif.
Mais la fiabilité reste la priorité absolue. Un bateau légèrement moins rapide mais toujours disponible sera toujours préféré à une unité plus performante mais fragile.
Le foil doit donc s’effacer derrière la mission. Lorsqu’il y parvient, il devient un outil industriel crédible. Lorsqu’il impose trop de contraintes, il est écarté sans état d’âme.
C’est cette approche pragmatique qui façonnera l’avenir des bateaux de travail à foils, loin des discours enthousiastes et des promesses irréalistes.
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