La réduction de traînée offerte par les foils améliore fortement le rayon d’action des bateaux. Analyse scientifique des gains réels, surtout pour l’électrique.
Le rayon d’action d’un bateau à foil repose sur un principe simple mais exigeant : réduire la traînée hydrodynamique pour parcourir plus de distance à puissance constante. En soulevant la coque hors de l’eau, les foils diminuent la surface mouillée et transforment la relation entre vitesse, consommation et autonomie. Ce gain est particulièrement déterminant pour les bateaux électriques, dont l’énergie embarquée est limitée et coûteuse en masse. Sur les bateaux diesel, l’effet existe aussi, mais il reste plus marginal car l’énergie disponible est plus dense. Les gains d’autonomie ne sont cependant ni automatiques ni universels. Ils dépendent fortement du profil de navigation, de la vitesse choisie, de l’état de mer et de la cohérence globale du design. Le foil n’est pas une promesse d’autonomie infinie, mais un amplificateur d’efficacité dans une fenêtre d’utilisation précise. Comprendre cette fenêtre est essentiel pour juger de la pertinence réelle de la technologie.
La traînée comme facteur limitant du rayon d’action
Le rayon d’action d’un bateau est directement lié à la puissance nécessaire pour maintenir une vitesse donnée. Cette puissance dépend en grande partie de la traînée hydrodynamique, qui augmente rapidement avec la vitesse.
Sur un bateau classique à déplacement ou semi-planant, la traînée est dominée par la surface mouillée de la coque et par les vagues générées. À mesure que la vitesse augmente, la puissance requise croît de façon non linéaire. Chaque nœud supplémentaire coûte de plus en plus d’énergie.
Cette relation défavorable limite fortement l’autonomie, en particulier pour les bateaux électriques, dont la réserve d’énergie est fixe et non rechargeable en mer.
Le rôle du foil dans la réduction de traînée
Le foil agit en réduisant radicalement la surface mouillée. Une fois en vol, seule l’aile immergée et ses appendices restent en contact avec l’eau. La coque ne génère plus de vagues ni de frottements directs.
D’un point de vue énergétique, cela modifie la courbe puissance-vitesse. À vitesse constante, la puissance nécessaire chute de manière significative. Selon les configurations, les réductions de puissance peuvent atteindre 30 à 60 % à vitesse de croisière stabilisée.
Cette baisse se traduit mécaniquement par une augmentation du rayon d’action à énergie embarquée constante.
La notion de rayon d’action à puissance constante
Il est essentiel de distinguer le rayon d’action à vitesse maximale du rayon d’action à puissance constante. Les foils n’augmentent pas nécessairement la vitesse de pointe, mais ils permettent d’atteindre une vitesse donnée avec moins d’énergie.
Par exemple, un bateau électrique nécessitant 200 kW pour naviguer à 25 nœuds (46 km/h) en configuration classique peut, une fois équipé de foils, maintenir cette vitesse avec 120 à 140 kW selon le design.
Sur une traversée d’une heure, l’économie d’énergie devient immédiatement mesurable. Sur plusieurs heures, elle devient structurante.
Les gains de rayon d’action pour les bateaux électriques
Pour un bateau électrique, le rayon d’action est souvent le principal frein à l’usage. Les batteries ont une densité énergétique faible comparée au carburant liquide. Un litre de gazole contient environ 9,7 kWh d’énergie, quand une batterie lithium atteint péniblement 0,2 à 0,25 kWh par kilogramme.
Dans ce contexte, toute réduction de traînée a un effet démultiplié. Un gain de 40 % sur la puissance nécessaire peut se traduire par 40 à 70 % d’autonomie supplémentaire, selon le profil de navigation.
C’est ce mécanisme qui rend viables des navettes électriques à foils sur des distances de 20 à 40 km, là où un bateau électrique classique serait limité à 10 ou 15 km à vitesse comparable.
L’effet masse-batterie et le cercle vertueux
Un autre avantage du foil sur l’électrique réside dans la réduction de la masse de batteries nécessaire. Si moins de puissance est requise, il devient possible d’embarquer moins d’énergie pour un rayon d’action donné.
Cette réduction de masse diminue à son tour la charge à porter, ce qui améliore encore l’efficacité du foil. Un cercle vertueux s’installe, à condition que la conception soit cohérente dès le départ.
C’est pour cette raison que les projets électriques les plus aboutis intègrent les foils dès la phase de design, et non comme un ajout ultérieur.

Les gains plus limités sur les bateaux diesel
Sur un bateau diesel, le rayon d’action est rarement limité par la quantité d’énergie embarquée. Les réservoirs peuvent être agrandis sans pénalité structurelle majeure, et la densité énergétique du carburant reste très élevée.
Dans ce cas, le foil améliore surtout la consommation horaire et le coût d’exploitation. Un gain de 20 à 40 % de consommation à vitesse de croisière est fréquent sur des bateaux rapides bien conçus.
Le rayon d’action augmente mécaniquement, mais il n’est pas toujours un critère décisif. L’intérêt se situe davantage dans la réduction des coûts, des émissions et de la fatigue mécanique.
L’importance du profil de navigation
Les gains de rayon d’action ne sont pas constants. Ils dépendent fortement du profil de navigation.
À basse vitesse, en dessous de la vitesse de décollage, le foil est inactif. La traînée est même parfois légèrement supérieure en raison des appendices. Dans cette phase, l’autonomie peut être inférieure à celle d’un bateau classique.
À vitesse intermédiaire, juste après le décollage, les gains sont maximaux. C’est la zone où la réduction de traînée est la plus spectaculaire par rapport à la puissance engagée.
À très haute vitesse, la traînée induite par le foil augmente à son tour. Les gains se stabilisent, voire diminuent. Le rayon d’action cesse alors de progresser.
La dépendance aux conditions réelles de mer
Le rayon d’action théorique est toujours calculé en eau calme. En conditions réelles, l’état de mer influence fortement la performance.
Une mer courte et formée peut empêcher le maintien du vol optimal. Le bateau peut être contraint de réduire sa vitesse ou de repasser partiellement en mode coque. Dans ce cas, la consommation augmente et l’autonomie diminue.
À l’inverse, une houle longue et régulière permet de conserver un vol stable sur de longues distances, maximisant le rayon d’action réel.
Le compromis vitesse-autonomie
Les foils imposent une réflexion différente sur la vitesse. Le maximum de rayon d’action n’est pas atteint à la vitesse maximale, mais à une vitesse de rendement optimal.
Cette vitesse est généralement comprise entre 60 et 80 % de la vitesse maximale en vol. Naviguer au-delà réduit rapidement l’autonomie, même avec des foils.
Cette logique est particulièrement importante pour les opérateurs de transport électrique, qui doivent arbitrer entre temps de trajet et consommation énergétique.
Les implications pour les navettes et ferries électriques
Pour les navettes passagers et les ferries électriques, le rayon d’action conditionne directement la faisabilité économique.
Les foils permettent de relier des ports distants de 15 à 30 km sans recharge intermédiaire, tout en maintenant des vitesses commerciales élevées. Ils réduisent aussi la taille des batteries nécessaires, ce qui diminue le coût d’investissement initial.
Dans certains cas, l’usage du foil rend possible une électrification complète là où une solution hybride aurait été nécessaire autrement.
Les limites structurelles et énergétiques
Les foils ne suppriment pas toutes les contraintes. Ils ajoutent de la complexité, du poids et des exigences de maintenance. Si ces pénalités ne sont pas compensées par un gain suffisant de traînée, le rayon d’action réel peut être décevant.
Un bateau lourd, surmotorisé ou mal réglé peut consommer plus qu’un bateau classique bien optimisé. Le foil n’est pas une solution magique, mais un outil d’ingénierie exigeant.
Une autonomie transformée, mais conditionnelle
Le bateau à foil redéfinit la notion de rayon d’action, surtout pour l’électrique. En réduisant la traînée, il permet de parcourir plus de distance avec la même énergie, ouvrant des usages auparavant impossibles.
Cette transformation repose toutefois sur des hypothèses précises : vitesse adaptée, conditions de mer compatibles, conception globale cohérente. Hors de cette fenêtre, les gains s’estompent rapidement.
Le foil n’offre pas une autonomie illimitée. Il offre une autonomie intelligente, conditionnée par la maîtrise technique et opérationnelle du navire.
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