Les foils pour ferries : la vitesse régulière à l’épreuve de l’électrique

Les ferries à foils misent sur la vitesse commerciale et la régularité. Une technologie éprouvée qui revient au premier plan avec l’électrification.

En résumé

Les ferries à foils ne sont ni une nouveauté ni un effet de mode. Depuis plusieurs décennies, ils exploitent la portance hydrodynamique pour atteindre des vitesses commerciales élevées tout en conservant une trajectoire stable et régulière. Leur objectif n’est pas la performance brute, mais la constance des temps de parcours, la réduction de la traînée et l’amélioration du confort passagers. Après un âge d’or au XXᵉ siècle, la technologie a marqué le pas, pénalisée par la consommation des moteurs thermiques et la complexité des systèmes. Aujourd’hui, l’électrification redonne un sens stratégique aux foils. En réduisant drastiquement la résistance à l’avancement, ils rendent viables des ferries électriques ou hybrides sur des liaisons côtières et insulaires. Leur retour s’appuie sur des bases scientifiques solides, des décennies d’exploitation et des besoins nouveaux en sobriété énergétique et en régularité opérationnelle.

La logique opérationnelle des ferries à foils

Un ferry n’est pas un bateau comme les autres. Il répond à une contrainte centrale : la vitesse commerciale, c’est-à-dire la capacité à assurer un temps de traversée constant, prévisible et reproductible. Cette exigence dépasse la simple vitesse maximale. Elle intègre les phases d’accélération, de décélération et le comportement en mer formée.

Les foils apportent une réponse directe à cette problématique. En soulevant partiellement ou totalement la coque, ils réduisent la surface mouillée et la traînée associée. Le ferry devient moins sensible à l’état de la mer, dans certaines limites, et conserve une vitesse stable sur une plage plus large de conditions.

Contrairement aux navires conventionnels, le ferry à foils est conçu comme un système dynamique. Sa performance dépend de l’interaction entre vitesse, portance et contrôle de l’assiette. Cette approche impose une ingénierie spécifique, orientée vers la régularité plutôt que la pointe.

Les fondements hydrodynamiques des foils sur ferries

Les foils utilisés sur les ferries sont des surfaces portantes immergées, généralement disposées en configuration en T ou en V inversé. Leur rôle est de générer une portance hydrodynamique verticale suffisante pour soulever la coque au-delà d’une vitesse seuil.

La portance dépend du carré de la vitesse. Cela signifie qu’un ferry à foils devient pleinement efficace au-delà d’un certain régime, souvent compris entre 25 et 35 nœuds (46 à 65 km/h) selon la masse et la surface portante. En dessous, la traînée des appendices peut être pénalisante. Au-dessus, les gains deviennent très significatifs.

Lorsque le ferry est en vol partiel ou complet, la traînée de vague est quasiment éliminée. La traînée totale chute fortement, ce qui permet de maintenir une vitesse élevée avec une puissance propulsive réduite par rapport à un ferry conventionnel.

Un historique riche d’expériences opérationnelles

Les ferries à foils ont connu un développement important dès les années 1950 et 1960. Des hydroptères commerciaux ont été exploités en Méditerranée, en mer Noire, au Japon et sur de nombreuses liaisons côtières.

Ces unités assuraient des vitesses commerciales supérieures à 35 nœuds (65 km/h), avec des temps de traversée nettement inférieurs aux ferries classiques. Leur succès reposait sur la rapidité et la régularité, mais aussi sur un confort amélioré par la réduction des impacts de coque.

Cependant, ces systèmes étaient exigeants. Les moteurs thermiques de l’époque consommaient beaucoup à ces régimes. La maintenance des foils et des systèmes de contrôle était coûteuse. La fiabilité, bien que correcte, restait inférieure à celle de navires plus simples. Ces facteurs ont freiné leur diffusion à long terme.

Les types de ferries concernés par la technologie foil

Tous les ferries ne sont pas candidats aux foils. La technologie s’adresse principalement à des unités légères ou semi-légères, opérant sur des distances courtes à moyennes. Les traversées typiques se situent entre 10 et 100 milles nautiques (18 à 185 km).

Les ferries à grande capacité et à faible vitesse n’y trouvent que peu d’intérêt. En revanche, les ferries rapides pour passagers, les liaisons insulaires et les dessertes côtières sont des cas d’usage privilégiés.

Les ferries à foils peuvent être monocoques ou multicoques. Les multicoques offrent une bonne stabilité initiale, mais les monocoques à foils restent très répandus en raison de leur simplicité structurelle et de leur comportement prévisible.

La régularité comme avantage central

L’un des bénéfices majeurs des ferries à foils est la régularité des temps de parcours. En réduisant l’influence de la mer sur la coque, les variations de vitesse sont limitées. Le ferry conserve une assiette stable et une traînée constante.

Cette régularité est essentielle pour l’exploitation commerciale. Elle facilite la planification, améliore la fiabilité perçue par les passagers et réduit les coûts indirects liés aux retards. Dans certaines zones, elle permet aussi de maintenir un service même lorsque les conditions dégradent fortement l’efficacité des ferries conventionnels.

Il convient toutefois de nuancer. Les ferries à foils ne sont pas insensibles à la mer formée. Au-delà d’un certain état de mer, la sécurité impose de réduire la vitesse ou de revenir en mode déplacement. La plage d’utilisation reste encadrée par des limites physiques strictes.

les foils pour ferry

Le retour en force avec l’électrification

L’électrification change radicalement l’équation économique et énergétique. Les moteurs électriques offrent un rendement élevé et constant sur une large plage de régimes. En revanche, les batteries imposent une contrainte majeure de masse et d’autonomie.

C’est précisément là que les foils redeviennent stratégiques. En réduisant la traînée, ils diminuent la puissance nécessaire pour maintenir une vitesse donnée. Chaque kilowatt économisé se traduit par une autonomie accrue ou une réduction de la masse de batteries embarquées.

Sur des ferries électriques à foils, des vitesses commerciales de 25 à 30 nœuds (46 à 56 km/h) deviennent envisageables avec des consommations compatibles avec des liaisons quotidiennes. Sans foils, ces performances seraient hors de portée avec des technologies de batteries actuelles.

Les enjeux de contrôle et de sécurité

Un ferry à foils moderne repose sur des systèmes de contrôle avancés. Des capteurs mesurent en permanence l’assiette, la hauteur de vol et les accélérations. Ces données alimentent des calculateurs qui ajustent l’incidence des foils en temps réel.

La stabilité dynamique est ainsi maintenue malgré les variations de charge, de vitesse ou d’état de mer. Ce contrôle est indispensable pour le confort et la sécurité des passagers.

La fiabilité de ces systèmes est un enjeu majeur. Les architectures modernes intègrent des redondances, des modes dégradés et des procédures de retour en configuration déplacement en cas de défaillance. La sécurité reste la priorité absolue dans le transport de passagers.

Les contraintes structurelles et de maintenance

Les foils génèrent des charges importantes, concentrées sur des zones précises de la coque. Ces efforts doivent être repris par une structure dimensionnée pour des cycles répétés et des pics de charge.

Sur les ferries, la durabilité est critique. Les unités effectuent des rotations fréquentes, parfois plusieurs par jour. Les structures doivent résister à des millions de cycles sans dégradation significative.

La maintenance des foils et des systèmes associés représente un coût non négligeable. Cependant, les progrès réalisés sur les matériaux, les traitements de surface et la surveillance conditionnelle ont amélioré la disponibilité et réduit les temps d’arrêt par rapport aux générations précédentes.

Les avantages globaux pour l’exploitation

Les ferries à foils offrent plusieurs avantages cumulatifs : réduction de la traînée, amélioration du confort, régularité des horaires et compatibilité accrue avec les propulsions électriques ou hybrides.

Ils permettent aussi de limiter les nuisances. En mode vol, la génération de vagues est réduite, ce qui diminue l’impact sur les côtes et les autres usagers. Le bruit et les vibrations sont également atténués, un point clé dans les zones urbaines ou touristiques.

Ces bénéfices expliquent pourquoi de nombreux projets de ferries électriques intègrent aujourd’hui des foils dès la phase de conception.

Une technologie mature, remise au centre du jeu

Les ferries à foils ne constituent pas une rupture, mais une réactivation technologique. Les bases scientifiques sont connues, les retours d’expérience abondants et les bénéfices clairement identifiés.

Ce qui change aujourd’hui, c’est le contexte. La pression sur les émissions, la recherche de sobriété énergétique et les attentes accrues en matière de confort redonnent aux foils une pertinence stratégique.

Ils ne remplaceront pas tous les ferries. Ils s’imposeront là où la vitesse commerciale, la régularité et l’électrification convergent. Dans ces cas précis, ils constituent l’un des leviers les plus efficaces pour concilier performance opérationnelle et transition énergétique.

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