Les 10 grandes courses au large où les trimarans jouent la vitesse

courses à la voile

Tour du monde, transats, records : 10 courses au large clés pour trimarans. Formats, classes Ultim et Ocean Fifty, stratégies météo, suivi.

Le trimaran de course s’est imposé comme l’un des outils les plus rapides de la course au large moderne : trois coques, une plateforme stable, une capacité à maintenir des vitesses élevées sur la durée, et—pour les plus grands multicoques—le vol partiel grâce aux foils. Suivre ces épreuves, c’est comprendre comment se construit la performance : routage météo, gestion de l’énergie, fiabilité des appendices, rythme de quarts, stratégie de voile, et capacité à préserver le bateau dans la mer formée.

Dans ce guide, vous trouverez les dix rendez-vous les plus structurants pour les trimarans (en solitaire, en double ou en équipage), avec des repères concrets : parcours, règles, intérêt sportif, points météo typiques, et profils de bateaux concernés (notamment Ultim et Ocean Fifty).

Au fil du texte, vous croiserez des notions clés — multicoque, grand large, dépression, alizés, pot au noir, performance, record, sans escale — de manière naturelle, sans surcharge.

1) Route du Rhum – Destination Guadeloupe

Course transatlantique en solitaire, c’est l’un des baromètres les plus lisibles de la performance pure : un départ d’Saint-Malo et une arrivée à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). Le plateau y mélange plusieurs classes, dont les grands multicoques (Ultim) et les Ocean Fifty.

Ce que la course teste réellement

  • La capacité à tenir un tempo élevé sur 6 à 10 jours (pour les plus rapides), en gérant la fatigue et les manœuvres.
  • La robustesse : chocs, mer croisée, grains, et usure des systèmes (foils, safrans, pilote, énergie).
  • Le choix de route : accepter un détour pour installer une vitesse moyenne supérieure, ou jouer plus direct au risque de s’empaler dans une zone molle.

Repère marquant : en 2022, Charles Caudrelier a remporté l’épreuve en 6 jours 19 heures et 47 minutes, record de la course.

2) Transat Jacques Vabre

Surnommée « route du café », cette transat en double part du Le Havre et vise, selon les éditions, Fort-de-France ou Salvador. Son intérêt pour un trimaran de course : elle combine le large (longues phases de vitesse) et une vraie richesse tactique (transitions, fronts, latitudes).

Pourquoi le format “double” est si formateur

  • Répartition des rôles (navigation / manœuvres / maintenance) et gestion du sommeil plus réaliste qu’en solitaire.
  • Meilleure capacité à pousser le bateau : à deux, on peut tenir davantage de séquences “à haute intensité” sans exploser la fatigue.
  • Travail du couple skipper-co-skipper : communication, discipline de quarts, décisions météo rapides.

Sur un multicoque rapide, le match se joue souvent sur la qualité de routage et la capacité à traverser proprement les zones de transition (bordures d’anticyclone, calmes, grains).

3) Arkéa Ultim Challenge – Brest

C’est le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance dédié aux Ultim. Départ et arrivée à Brest, parcours par les trois caps : Cap de Bonne-Espérance, Cap Leeuwin, Cap Horn. La distance annoncée tourne autour de 21 500 à 22 000 milles nautiques selon les sources et la route.

Ce qui change par rapport aux grandes transats

  • La durée (souvent 50 à 80 jours) impose une approche “endurance” : préserver le matériel devient aussi important que d’attaquer.
  • Les mers du Sud : froid, mer forte, risques sur les appendices, vitesse très élevée et conséquences d’une casse potentiellement majeures.
  • La solitude : maintenir un haut niveau de vigilance à 25–35 nœuds, jour après jour, demande une gestion stricte du sommeil et des alarmes.

Pour comprendre cette course, suivez les passages de caps : c’est là que se révèlent les philosophies de pilotage, de prise de risque et de gestion de la casse.

4) Trophée Jules Verne

Ici, il ne s’agit pas d’une course au calendrier fixe, mais d’un record : le tour du monde en équipage, sans escale, sans assistance, en partant quand la météo ouvre une “fenêtre”. Longtemps, la référence était 40 jours 23 h 30 min (IDEC Sport, 2017).

Mais l’actualité a évolué : fin janvier 2026, l’équipage mené par Thomas Coville sur Sodebo Ultim 3 a annoncé un nouveau temps de 40 jours, 10 heures et 45 minutes (ratification évoquée selon les sources).

Pourquoi c’est un Everest technologique

  • Préparation lourde : entraînements, procédures de réparation, pièces critiques, redondances.
  • Fenêtre météo : l’équipe attend parfois des semaines un enchaînement cohérent de systèmes météo.
  • Engagement total : quarts serrés, manœuvres nombreuses à très haute vitesse, et capacité à gérer une avarie loin de toute assistance.

5) Pro Sailing Tour

Circuit pensé pour les Ocean Fifty : plusieurs étapes, un mix d’épreuves côtières et de courses au large courtes (souvent 24 à 72 h). Pour un trimaran de course de 15 m, c’est le format idéal pour travailler les fondamentaux : départs, manœuvres, transitions, et lecture du plan d’eau.

Valeur ajoutée “terrain”

  • Les erreurs coûtent immédiatement : un empannage raté, une voile mal réglée, et vous perdez des milles en minutes.
  • Intensité d’équipage : coordination, communication, et précision à haute vitesse.
  • Exposition : les parcours proches des côtes facilitent le suivi et l’intérêt du public, sans enlever la dimension performance.

À suivre pour comprendre la différence entre un bateau très rapide “sur un run” et un bateau performant “sur une saison”.

6) Brest Atlantiques

Épreuve longue (14 000 milles nautiques) réservée aux Ultim, avec une boucle atlantique via Rio de Janeiro puis Cape Town, avant retour à Brest (édition 2019).

Ce que cette course démontre

  • La capacité des Ultim à tenir des vitesses moyennes élevées sur plusieurs semaines, pas seulement sur une transat “simple”.
  • L’art d’enchaîner les systèmes météo : alizés, pot au noir, anticyclones, dépressions de l’Atlantique Sud, puis remontée vers le Nord.
  • La gestion d’un bateau “prototype” : dans une course longue, une petite fragilité devient un vrai sujet stratégique.

Pour un passionné, c’est une excellente grille de lecture : on y voit clairement les compromis entre attaque, prudence et fiabilité.

7) Défi Azimut

Organisé autour de Lorient (et de son écosystème course au large), le Défi Azimut sert souvent de répétition générale : runs de vitesse, formats d’entraînement, et course au large courte.

Pourquoi c’est crucial pour les équipes

  • Validation des évolutions : foils, plans de voilure, électronique, ergonomie de cockpit.
  • Comparaison directe : conditions identiques, adversaires proches, écarts révélateurs.
  • Travail du “mode dégradé” : comment garder de la performance quand un système n’est plus à 100%.

C’est typiquement l’épreuve où l’on comprend que la vitesse maximale n’est pas tout : la capacité à répéter la performance, jour après jour, fait gagner.

8) Nouveaux formats 2026 : circuit Ultim et courses dédiées

Le calendrier Ultim s’étoffe pour lisser les saisons entre les grands rendez-vous. La classe Ultim affiche en 2026 de nouvelles épreuves, dont Odyssée ULTIM et 24H ULTIM (formats différents, lieux et dates dédiés).

Pourquoi ces formats comptent

  • Ils structurent un vrai “championnat de faits” : plus de départs, plus de données, plus de comparaison.
  • Ils améliorent la lisibilité pour le public : rendez-vous réguliers, storytelling de saison, enjeux sportifs continus.
  • Ils aident la filière : pour amortir les coûts d’un trimaran de course géant, il faut du temps de navigation et un calendrier cohérent.

Pour suivre ce type de saison, repérez les formats (coastal vs large) : un Ultim peut être dominant sur une longue étape et moins à l’aise sur un parcours très manœuvrant, selon sa philosophie de design.

9) The Transat CIC

Héritière de la “Transat anglaise”, elle relie la France aux États-Unis dans un registre plus exigeant que les transats “alizés” : mer froide, dépressions, vents contraires possibles, transitions rapides. Pour un trimaran, c’est un test de remontée au vent et de tenue dans la mer formée — donc un bon révélateur de polyvalence.

Ce que vous devez regarder en suivi de course

  • Les choix de route au près : angle, vitesse, état de mer.
  • Les fenêtres de bascule : quand une dépression se décale, une option devient soudain gagnante ou perdante.
  • La casse “discrète” : un appendice abîmé peut coûter beaucoup sans abandonner.

C’est une transat qui parle davantage de stratégie et de résistance que de vitesse “plein portant”.

10) Record de l’Atlantique Nord

Encore un record, pas une course : chronomètre entre New York (zone de départ type Ambrose Light) et Lizard Point. La référence souvent citée : Banque Populaire V, 2 août 2009, 3 jours 15 h 25 min 48 s.

Pourquoi c’est si “violent” sportivement

  • Tout se joue sur la fenêtre météo : front stable, vents portants, mer “tenable” à très haute vitesse.
  • La pression est maximale : effort court, mais intensité continue, peu de marge d’erreur.
  • La moindre avarie coûte la tentative : il faut pousser sans casser.

Suivre ce record aide à comprendre le cœur du multicoque océanique : routage, vitesse moyenne, et discipline d’équipage.

Comment suivre ces courses et vraiment comprendre ce qui se passe

Quelques repères simples qui donnent une vraie valeur de lecture :

  • Regardez la vitesse moyenne, pas seulement les pointes : la course se gagne souvent à la capacité de “tenir vite” plutôt qu’à “aller très vite” par moments.
  • Surveillez les zones météo clés : pot au noir, bordures d’anticyclone, passages de fronts, mer croisée.
  • Repérez les choix de préservation : un skipper peut lever le pied pour sauver un foil, un safran ou un pilote.
  • Comparez les modes de navigation : près serré vs reaching vs portant. Un trimaran n’exprime pas la même supériorité partout.
  • Gardez un œil sur la fiabilité : sur un multicoque rapide, la performance est indissociable de la gestion de la casse.

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